Banques centrales et dette publique : l’indépendance a-t-elle vraiment changé la donne ?
EcoGraph n°5 (IFE - )
Le financement des États est au cœur de l’indépendance des banques centrales dont la création visait souvent à empêcher les gouvernements de contourner le contrôle budgétaire du Parlement par la création monétaire. Les réformes d’indépendance ont ainsi restreint le financement direct des États, sans pour autant faire disparaître la dette publique des bilans des banques centrales.
Entre les années 1970 et 1990, les moins indépendantes en détenaient davantage, mais cet écart s’est réduit avant de s’inverser après la crise de 2008. La relation entre politique monétaire et financement des États s’est ainsi déplacée vers des instruments présentés comme purement monétaires, les « opérations de marché ouvert », mais aux effets budgétaires et distributifs potentiellement importants.
Aujourd’hui, dans les pays où l’indépendance juridique est la plus forte, ces titres représentent près de 20 % de la dette publique, une proportion comparable à celle observée avant la grande vague de réformes visant à renforcer leur indépendance. Ces réformes ont donc moins transformé les liens entre banques centrales et dette publique que leurs modalités institutionnelles, brouillant parfois les responsabilités juridiques et démocratiques.