Espagne : une croissance toujours supérieure à celle de la zone euro
Auteurs&résumé
Avec une croissance du PIB de 2,6 % en 2025 et un bon premier semestre 2026 (0,6 % au premier trimestre, puis 0,7 % au deuxième trimestre), l’économie espagnole affiche la meilleure performance des quatre plus grands pays de la zone euro. Cette surperformance s’explique par une croissance potentielle supérieure à celle des autres grands pays de la zone euro, grâce à la vigueur de la population active. Cette dernière a ainsi progressé de 1,7 % en 2025 en Espagne (contre +0,5 % en France et +0,2 % en Allemagne). Compte tenu d’une augmentation de la productivité par tête de l’ordre de 0,5 %, le PIB potentiel a dépassé 2 % comme les années précédentes. Bénéficiant des fonds européens issus du programme Next Generation European Union (NGEU), le rythme de croissance du PIB a été supérieur à son rythme potentiel et le PIB espagnol est désormais presque revenu à son niveau potentiel.
La croissance devrait baisser au deuxième semestre 2026, dans un contexte de forte inflation1. Avec un effet d’acquis de 2,2 % en milieu d’année 2026, la croissance atteindrait 2,5 % sur l’ensemble de l’année, soit 0,1 point de moins qu’en 2025. En 2027, la croissance potentielle ralentirait légèrement, avec une moindre augmentation de la population active. La croissance du PIB se réduirait également à 2 %, mais serait néanmoins légèrement supérieure à son rythme potentiel, grâce au reflux du prix du pétrole et à une inflation de 3 % en moyenne (contre 3,7 % en 2026). Le taux de chômage continuerait de diminuer.
1 L’IPCH a progressé de 4,5 % en Espagne au troisième trimestre 2026 (4,3 % pour l’IPC), contre 3,3 % pour la zone euro.
La croissance a résisté début 2026 malgré l’inflation
Au premier semestre 2026, la contribution de la demande intérieure à la croissance a faiblement baissé par rapport au second semestre 2025 (0,8 point de croissance par trimestre contre 1 point en moyenne respectivement). En revanche, le commerce extérieur a moins amputé la croissance (-0,1 point, contre -0,3 point au second semestre 2025). En effet, les exportations en volume sur la moyenne des deux trimestres ont progressé de 1 %, après le recul sur la deuxième moitié de l’année 2025. Les importations ont continué d’être dynamiques. La moindre contribution de la demande intérieure conduit donc à relativiser la performance du PIB au premier semestre.
La consommation des ménages est restée dynamique au deuxième trimestre 2026 malgré la hausse des prix énergétiques. Elle a en effet progressé de 1,2 % sur un trimestre, les ménages ayant amorti ce choc à court terme via la baisse de leur taux d’épargne de 0,6 point (à 11 % au deuxième trimestre 2026). Cette dernière s’expliquerait par la diminution du taux de chômage, la vigueur des prix immobiliers réels et de l’indice boursier réel. L’investissement a augmenté de 1,4 % au deuxième trimestre 2026 (tableau 2). Tandis que l’investissement en construction a ralenti (0,5 %), en lien avec la composante hors logement, l’investissement productif est resté vigoureux (2,4 %), porté tant par les machines et les équipements que par les produits relatifs aux droits de propriété intellectuelle.
Mi-2026, le PIB était supérieur de 12 % à son niveau de fin 2019, soit bien au-dessus de la France (6,3 %). Cette performance s’explique par le dynamisme de l’investissement (avec une contribution de 3,6 points à la croissance du PIB) sur cette période, de la consommation publique (contribution de 3,9 points) et de la consommation des ménages (5 points de contribution), tandis que le commerce extérieur a amputé la croissance. La consommation publique a notamment été tirée par l’augmentation de l’emploi public. L’Espagne est donc dans une situation opposée à la France où le commerce extérieur a fortement soutenu la croissance, face à une demande intérieure en retrait.
Sur le marché du travail, les créations d’emploi ont un peu ralenti par rapport à l’année 2025 (2,6 %), mais ont néanmoins progressé de 2,4 % en moyenne sur un an début 2026. Selon les données de l’enquête population active, la progression de la population en âge de travailler est restée élevée (1,4 % sur un an mi-2026), portée par les flux migratoires depuis la reprise post-covid. L’augmentation plus forte de la population active (1,8 % sur la même période) a conduit à une légère hausse du taux d’activité. Le taux de chômage a continué de diminuer pour atteindre 10,1 % au deuxième trimestre 20262, un niveau jamais atteint depuis mi-2008. En revanche, on n’observe pas d’accélération durable des salaires nominaux. Le rythme de croissance du salaire par tête dans le secteur marchand s’est modéré au premier semestre 2026 (3,7 % sur un an en moyenne par trimestre), par rapport à 2025 (4,9 %). Le salaire réel (net du déflateur de la consommation privée), qui avait enfin progressé entre 2023 et 2025 (1,6 % en moyenne sur les trois années), a reculé au deuxième trimestre 2026, avec l’accélération de l’inflation. Il reste néanmoins nettement supérieur à son niveau pré-covid.
2 Il s’agit du taux de chômage corrigé des variations saisonnières.
L’investissement en logement s’est redressé en 2024-2025. Après une forte accélération fin 2025, il a été moins dynamique au premier semestre 2026 (0,7 % en moyenne par trimestre), en raison de la stabilisation du nombre de logements mis en chantier sur les mois précédents, notamment dans un contexte de tension sur la main-d’œuvre. Le décalage entre la vigueur de la demande, tirée par la croissance démographique, et une offre moins dynamique, a entraîné une poursuite de l’accélération des prix immobiliers. Ces derniers augmentent plus vite que l’inflation depuis début 2024 et les prix immobiliers rapportés à l’indice des prix à la consommation ont retrouvé mi-2026 leur niveau de fin 2008 (même s’ils restent encore inférieurs au pic de mi-2007).
Quant à l’inflation, elle est passée de 2,3 % en février 2026 à 3,4 % en mars 2026 après le déclenchement du conflit entre les États-Unis et l’Iran. Pour contenir la hausse des prix de l’énergie, le gouvernement a adopté trois décrets-lois successifs (encadré 1). Le premier, du 20 mars, a fortement réduit la fiscalité sur l’énergie et a contribué à stabiliser l’inflation autour de 3,2 % entre avril et juin 2026. Le deuxième, du 29 juin, a engagé un retour progressif à la fiscalité antérieure, avec néanmoins une possibilité de nouvelles baisses d’impôts en cas d’inflation énergétique trop élevée. Face à la hausse des prix du pétrole en juillet 2026 et au retrait partiel des aides gouvernementales, l’inflation a rebondi, pour atteindre 4,3 % en août 2026, puis 4,9 % en septembre, tirée par les prix des produits énergétiques (+10,1 % en juillet sur un an, +17 % en août, +21,6 % en septembre, contre 5,9 % en mai). Un troisième décret, adopté le 29 septembre, prolonge les aides jusqu’à fin décembre. Entré en vigueur le 1er octobre, il devait être validé par le Parlement d’ici fin octobre. Nous faisons l’hypothèse que la dissolution annoncée le 5 octobre par le Premier ministre Pedro Sánchez (avec des élections législatives prévues le 29 novembre) ne remettra pas en cause ces mesures.
Des indicateurs de court terme mitigés
Les indicateurs disponibles depuis l’été 2026 laissent entrevoir un troisième trimestre un peu moins dynamique. Selon les enquêtes, l’indicateur du sentiment économique général, qui s’était nettement redressé fin 2025 et début 2026, est en baisse depuis mars 2026, mais demeure bien supérieur à sa moyenne de long terme. Du côté des ménages, les indicateurs sont mitigés. Une amélioration de la confiance des consommateurs a été observée en juillet et août 2026, après la baisse des mois de mars à juin 2026. Les immatriculations de voitures neuves continuent de progresser (+6 % entre janvier et août 2026 par rapport à la même période de 2025), portées par les voitures électriques et hybrides. Au contraire, les ventes au détail à prix constants ont ralenti nettement depuis mars 2026, reculant même légèrement sur un an en juillet 2026 (-0,3 % sur un an).
Concernant l’activité des entreprises, les signaux sont plutôt positifs. L’indice de confiance dans l’industrie reste supérieur à sa moyenne de long terme et l’indice de production industrielle de juillet est à son plus haut niveau depuis 2019. Le taux d’utilisation des capacités a baissé début 2026 mais reste supérieur à sa moyenne de long terme. Dans les services, les réponses des directeurs d’achat ont rebondi en juillet 2026 et sont restées très au-dessus de la barre des 50. Dans la construction, l’indicateur de confiance a fortement baissé les derniers mois, mais les permis de construire ont rebondi début 2026.
Au 25 septembre 2026, l’indicateur de PIB en temps réel calculé par l’Autorité indépendante de responsabilité budgétaire (AIReF)3 évaluait à 0,4 % la croissance au troisième trimestre, en s’appuyant sur près de 40 % des données utilisées dans le modèle. Le panel de la Funcas auprès de 19 services d’analyse économique espagnols, publié le 16 septembre, faisait pour sa part état d’une prévision de 0,5% pour le troisième trimestre.
3 Autoridad Independiente de Responsabilidad Fiscal est une structure indépendante, créée en 2014, dont la mission est de garantir la soutenabilité des finances publiques en Espagne. Elle effectue des évaluations budgétaires, des prévisions macroéconomiques et publie un indicateur de croissance trimestrielle du PIB en temps réel.
Dans ce contexte, nous prévoyons une croissance à 0,5 % au troisième trimestre. La consommation des ménages ralentirait à 0,5 % en raison de la forte inflation. L’investissement en construction hors logement accélèrerait, grâce aux effets des fonds européens qui seront au moins visibles jusqu’à fin 2026. L’investissement hors construction resterait relativement vigoureux. La contribution du commerce extérieur serait légèrement négative, sous l’effet d’une perte de compétitivité de l’Espagne.
Une situation budgétaire toujours favorable
Après un déficit public de 3,2 % du PIB en 2024, ce dernier s’est réduit à 2,4% en 2025, principalement grâce à des recettes fiscales dynamiques. Selon la Banque d’Espagne, les assiettes fiscales ont progressé plus vite que le PIB et le taux d’imposition a augmenté en raison de la non-indexation des seuils d’imposition sur l’inflation4. Ainsi, entre 2024 et 2025, les recettes de la TVA ont augmenté de 0,4 point de PIB et les recettes de l’impôt sur le revenu de 0,5 point de PIB. Des hausses d’impôt ont été également votées dans le cadre de la loi 7/2024 du 20 décembre 2024 : impôt sur les groupes multinationaux, impôt sur le tabac. Au contraire, la part des dépenses publiques dans le PIB a baissé de 0,2 point, malgré le dynamisme des prestations sociales, en raison de la fin de divers transferts, notamment ceux liés au covid-19.
4 La dernière revalorisation date du budget 2023, adopté fin 2022, et n’a concerné que le seuil d’exonération pour limiter l’imposition des plus bas revenus.
L’impulsion budgétaire a ainsi été négative en 2025 de 0,5 point de PIB selon nos calculs. En 2026, nous anticipons une impulsion légèrement positive (+0,1 point), les mesures de soutien face au choc pétrolier (environ 0,4 point de PIB) et après les inondations de février (0,4 point), n’étant qu’en partie compensées par le surcroît de recettes. Le déficit se stabiliserait à 2,4 % du PIB en 2026, contre une prévision du gouvernement de 2,1 % en avril 2026. En 2027, l’impulsion redeviendrait négative (-0,2 point) et le déficit public se réduirait à 2,2 % du PIB.
L’absence de budget voté depuis celui de 2023 ne semble pas peser sur l’évolution du déficit. Mais la prorogation ne bloque pas les recettes : les lois fiscales s’appliquent sans budget, et des hausses d’impôts peuvent être adoptées par des lois spécifiques, comme en 2024. Côté dépenses, comme le souligne l’Inspection générale des finances, le mécanisme de prorogation est plus souple qu’en France, et l’État central pèse moins dans la dépense du fait de la décentralisation. Le gouvernement a en outre fait valider par le Parlement des décrets-lois pour les dépenses jugées prioritaires : revalorisation des pensions (RDL 3/2026) de février 2026, soutien au pouvoir d’achat face au choc pétrolier (RDL 7/2026), puis prolongation d’une partie de ces mesures (RDL 18/2026). Le blocage contraint donc surtout les choix structurels (nouveaux programmes…)
Une croissance qui ralentirait à 2 % en 2027
À l’horizon de la prévision, nous prévoyons une croissance toujours nettement supérieure à celle de la zone euro. Le PIB progresserait de 2,6 % en 2026, puis 2 % en 2027 en moyenne annuelle. Sa croissance serait donc supérieure au rythme potentiel (2,1 % en 2026, puis 1,9 % en 2027).
La consommation privée pâtirait de l’inflation à court terme, avant de réaccélérer légèrement en 2027, sous l’effet du reflux de l’inflation. La croissance des prix à la consommation reviendrait à 2,3 % fin 2027, en raison des effets de base sur les prix de l’énergie (-5,1 % pour cette composante au dernier trimestre 2027). L’inflation sous-jacente resterait dynamique, à 2,9 %. Le taux de chômage diminuerait légèrement, passant sous le seuil des 10 % fin 2027. La productivité horaire croîtrait légèrement au-dessus de sa tendance (0,6 % ces dernières années).
L’investissement en logement serait soutenu par des conditions financières toujours favorables et par une demande dynamique, les permis de construire étant bien orientés. L’investissement productif bénéficierait toujours de la vigueur des produits liés à la propriété intellectuelle. Du côté de la construction hors logement, les dépenses pâtiraient peu à peu de la fin des fonds européens NGEU mais l’ampleur resterait limitée.
Le commerce amputerait faiblement la croissance (-0,3 point en 2026 puis -0,2 point en 2027), en lien avec une perte de compétitivité-prix et le dynamisme des importations issu de la demande intérieure.
| en % |
2025
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2026
|
de 2025t3 à 2027t4 |
2025
|
2026
|
2027
|
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|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| T3 | T4 | T1 | T2 | T3 | T4 | |||||
| PIBa | 0,6 | 0,7 | 0,6 | 0,7 | 0,5 | 0,4 | 2,6 | 2,5 | 2,0 | |
| PIB par habitanta | 0,3 | 0,4 | 0,4 | 0,3 | 0,2 | 0,2 | 1,6 | 1,4 | 0,9 | |
| Consommation ménagesa | 1,0 | 0,9 | 0,3 | 1,2 | 0,5 | 0,5 | 3,1 | 3,0 | 2,3 | |
| Consommation publiquea | 0,9 | 0,6 | 0,5 | 0,5 | 0,3 | 0,3 | 2,4 | 2,2 | 1,4 | |
| FBCF totalea,b | 1,7 | 1,1 | 1,0 | 1,4 | 0,8 | 0,8 | 5,4 | 4,5 | 3,6 | |
| dont : productive privéea | 1,5 | 0,8 | 1,9 | 2,4 | 1,0 | 1,0 | 5,9 | 5,9 | 4,9 | |
| logementa | 0,4 | 1,3 | 0,4 | 0,9 | 0,5 | 0,5 | 3,6 | 3,0 | 2,3 | |
| APUa,b | 3,8 | 1,5 | −0,2 | −0,0 | 0,8 | 0,8 | 6,4 | 3,0 | 2,0 | |
| Exportationsa,c | −0,7 | 0,2 | 0,9 | 1,0 | 0,5 | 0,5 | 2,6 | 2,1 | 2,2 | |
| Importationsa,c | 1,2 | 0,5 | 0,1 | 2,6 | 0,8 | 0,8 | 5,5 | 3,8 | 3,6 | |
| Demande intérieurea,d,e | 1,1 | 0,9 | 0,5 | 1,1 | 0,5 | 0,5 | 3,3 | 3,0 | 2,3 | |
| Variations de stocksa,e | 0,2 | −0,1 | −0,3 | 0,1 | 0,0 | 0,0 | 0,1 | −0,1 | 0,0 | |
| Commerce extérieura,c,e | −0,6 | −0,1 | 0,3 | −0,5 | −0,1 | −0,1 | −0,8 | −0,5 | −0,4 | |
| Inflationf | 2,8 | 3,0 | 2,7 | 3,2 | 4,3 | 4,3 | 2,7 | 3,6 | 3,0 | |
| Taux de chômageg | 10,4 | 10,3 | 10,2 | 10,1 | 10,0 | 10,1 | 10,5 | 10,1 | 9,9 | |
| Solde couranth | — | — | — | — | — | — | 2,9 | 2,9 | 2,7 | |
| Déficit publich | — | — | — | — | — | — | −2,4 | −2,4 | −2,2 | |
| Dette publiqueh | — | — | — | — | — | — | 100,7 | 97,4 | 95,1 | |
| Impulsion budgétairei | — | — | — | — | — | — | −0,5 | 0,1 | −0,2 | |
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a En volume, aux prix chaînés. b FBCF : Formation Brute de Capital Fixe ; APU : Administrations Publiques. c Biens et services. d Demande intérieure hors variation de stocks. e Contribution à la croissance du PIB. f Evolution de l'indice des prix à la consommation (IPC ou IPCH selon les pays). Pour les trimestres, glissement annuel (T/T(-4)) des prix. Pour les années, croissance moyenne annuelle des prix. g Au sens du BIT, en % de la population active. Pour les trimestres moyenne trimestrielle,
pour les années, moyenne annuelle. h En % du PIB annuel, en fin d'année. i Variation annuelle du déficit public (APU) structurel, en points de PIB.
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| Sources : INE, Eurostat, prévision IFE-OFCE octobre 2026. | ||||||||||