| En pts de PIB | PLF 2027 | Budget au seuil des règles européennes | Loi spéciale | Budget pré-engagé |
|---|---|---|---|---|
| IB primaire | -0,8 | -0,5 | 0,0 | 0,6 |
| IB totale | -0,5 | -0,2 | 0,3 | 0,9 |
| Impact sur le PIB | -0,4 | -0,3 | -0,1 | 0,3 |
| Croissance en 2027 | 0,5 | 0,7 | 0,8 | 1,2 |
| Solde public en 2027 | -5,4 | -5,6 | -6,0 | -6,4 |
| Sources : Textes budgétaires, prévision IFE-OFCE octobre 2026 | ||||
Des finances publiques sous tension
Perspectives 2026-2027 pour l’économie française
Auteurs&résumé
Depuis la crise du COVID, la a augmenté de plus de 20 points de PIB en France. Le dernier chiffre du connu s’établit à 5,1 % du PIB pour l’année 2025. Dans cette situation, les finances publiques françaises sont sous tension. La politique budgétaire est contrainte par les règles européennes et la pression des marchés financiers. D’une part, la France est placée en depuis 2024, ce qui implique de respecter une trajectoire d’ajustement qui doit être maintenue au moins jusqu’en 2031. D’autre part, l’écart entre le taux français et le taux allemand pour les obligations souveraines d’une maturité de 10 ans s’établit à un niveau jamais vu depuis la crise des dettes souveraines de la zone euro (1,3 point début octobre 2026). Ce déficit public élevé intervient en outre dans un contexte politique tendu, avec une Assemblée nationale fragmentée qui peine à adopter les textes budgétaires depuis deux ans1. Alors même que la campagne présidentielle est lancée, nous ne pouvons pas écarter une 3e année d’incertitude sur la politique budgétaire qui sera définitivement adoptée.
En 2026, un déficit en hausse malgré une politique budgétaire restrictive
En 2026, la politique budgétaire poursuit la consolidation budgétaire engagée en 2025 (tableau 3). À l’issue d’un processus politique heurté, la loi de finances initiale de 2026 a été promulguée en février. Selon nos calculs, la variation du pour 2026 devrait s’établir à 0,5 point de PIB. L’essentiel de la consolidation proviendra des nouvelles mesures en prélèvements obligatoires (0,5 point de PIB). Parmi les principales mesures nous pouvons citer la hausse des cotisations sociales employeurs (+0,2 point de PIB), avec notamment le gel des allègements généraux de cotisations sociales. Par ailleurs, le taux de prélèvements obligatoires augmenterait en 2026 avec le prélèvement de l’excédent des caisses de retraites dans les industries électriques et gazières (0,1 point). Le reste de la hausse s’explique par des mesures de moindre ampleur portant sur les entreprises (surtaxe sur les complémentaires de santé, instauration du pilier 2 de l’impôt sur les sociétés multinationales) ou les ménages (contribution différentielle sur les hauts revenus, hausse des DMTO,…).
La dépense publique devrait évoluer comme le PIB potentiel, suggérant un sur la dépense nul. Toutefois, cette grandeur agrégée masque un ajustement sur la dépense publique primaire (0,3 point de PIB), compensé par la hausse de la charge d’intérêts.
Au vu de la composition de la politique budgétaire, nous estimons que la politique budgétaire amputerait la croissance du PIB de 0,4 point en 2026 (soit un multiplicateur apparent moyen de 0,8).
Malgré une orientation de la politique budgétaire restrictive, le augmenterait en 2026 pour s’établir à 5,5 % du PIB (après 5,1 % en 2025). L’effort budgétaire de 0,8 point de PIB (tableau 3) serait plus que compensé par le ralentissement marqué de l’activité (le solde conjoncturel devrait se creuser de 0,5 point), la forte hausse de la charge d’intérêts (0,4 point de PIB) et l’évolution défavorable des recettes non fiscales et des élasticités des prélèvements obligatoires (-0,3 point de PIB).
2027 : une baisse du déficit difficile à obtenir
Si la situation politique rend le vote des textes budgétaires difficile, le lancement de la campagne électorale présidentielle pourrait rendre l’issue du processus parlementaire des textes budgétaires encore plus incertaine (encadré 1). Nous avons construit un scénario fondé sur les annonces portant sur le Projet de Loi de Finances 2027 (PLF 2027). Ce scénario est ainsi compatible avec les engagements de la France vis-à-vis de ses partenaires de l’Union européenne.
Pour prévoir les comptes publics en 2027, il faut d’abord déterminer comment ils évolueraient à politique inchangée. En effet, sans modification des textes juridiques les comptes publics évoluent au gré des évolutions démographiques (par exemple, le vieillissement de la population tend spontanément à augmenter les dépenses en pensions et santé), de décisions de politique publique antérieures (comme la fin prévue dans le PLF 2026 de la contribution exceptionnelle sur les grandes entreprises) et par l’évolution de dépenses non pilotables par le gouvernement (la charge d’intérêts). Même si juridiquement la Loi de Programmation Militaire (LPM) n’est pas contraignante, nous faisons l’hypothèse que les dépenses annoncées dans le cadre de la LPM seront engagées en 2027.
L’ensemble des mesures pré-engagées devrait dégrader le déficit public primaire (avant paiement de la charge d’intérêts) de 0,6 point de PIB potentiel en 2027 (tableau 2). Au-delà des contraintes politiques et financières déjà évoquées, l’évolution spontanée des déficits rend l’ajustement budgétaire encore plus difficile en 2027.
- Voir par exemple Madec, Plane et Sampognaro (2024), Après la censure : impact économique et budgétaire de la loi spéciale pour 2025.
Selon le gouvernement, le vote du PLF 2027 devrait permettre d’infléchir sensiblement la trajectoire spontanée des comptes publics (ajustement de 1,7 point de PIB par rapport à une trajectoire avec mesures pré-engagées). L’effort sur la serait de l’ordre de 1,0 point de PIB. L’essentiel des économies en dépenses porteraient sur les interventions de l’État (0,6 point de PIB d’économie, y compris les agences publiques) et des collectivités locales (0,2 point de PIB d’économie). Enfin, 0,2 point d’ajustement sont à prévoir du côté des comptes sociaux distribués entre le système de retraites (désindexation des pensions) et la santé (modération de l’évolution de l’Ondam par rapport à son évolution tendancielle).
Par ailleurs, le PLF inclut des nouvelles mesures en prélèvements obligatoires de 0,7 point de PIB. Comme en 2026 les principales mesures portent sur les cotisations sociales employeurs (0,4 point de PIB), avec notamment l’inclusion dans l’assiette des allègements généraux des compléments de salaire, les effets pleins du gel des allègements généraux. La fiscalisation des indemnités journalières et indemnités de rupture augmenteraient la charge fiscale de 0,1 point de PIB. S’y ajoutent des mesures qui individuellement représentent moins de 0,1 point de PIB. Nous pouvons mettre en avant la réforme de l’abattement pour frais professionnels des retraités, le prélèvement sur les actifs en déshérence, la hausse anticipée des impôts locaux. Parmi les baisses prévues de prélèvements obligatoires il faut compter la baisse de la surtaxe d’IS sur les grandes entreprises et la fin du prélèvement de l’excédent des caisses de retraite dans les industries électriques et gazières.
| IB (mds. d'euros) | IB (pts. de PIB) | Multiplicateur | Impact sur le PIB | |
|---|---|---|---|---|
| Evolutions budgétaires pré-engagées | ||||
| Prelèvements sur recettes UE | 3,0 | 0,1 | 0,0 | 0,0 |
| Loi de Programmation militaire | 6,0 | 0,1 | 0,9 | 0,1 |
| Fin de la contrib. except. sur les GE | 7,3 | 0,2 | 0,2 | 0,0 |
| Santé (ONDAM à 3,5 %) | 10,0 | 0,1 | 0,9 | 0,1 |
| Retraites : Evolution spontanée | 12,0 | 0,1 | 0,4 | 0,0 |
| Autres (prestations familiales, chômage) | 1,0 | 0,0 | 0,8 | 0,0 |
| Total primaire pré-engagé (A) | 39,3 | 0,6 | 0,3 | |
| Mesures budgétaires probables (PLF 2027) | ||||
| Economies sur les dépenses (D) | −29,2 | −1,0 | −0,7 | |
| Retraites : gel et désindexation | −4,0 | −0,1 | 0,4 | −0,1 |
| Santé : ONDAM à 2 % | −3,0 | −0,1 | 0,9 | −0,1 |
| Autres (Formation professionnel, gel prime dactivité, APL…) | −2,0 | −0,1 | 0,8 | −0,1 |
| Effort structurel Collectivités locales | −7,9 | −0,2 | 0,8 | −0,1 |
| Effort structurel Etat et agences*a | −12,3 | −0,4 | 0,8 | −0,3 |
| Prélèvements Obligatoires (E) | 24,1 | 0,7 | −0,2 | |
| Prolongement contrib. except. sur les GE et frêt maritime | 5,4 | 0,2 | 0,2 | 0,0 |
| Retraites : Réforme de l'abattement frais professionnels (Plafond à 3 000 euros) | 1,4 | 0,0 | 0,4 | 0,0 |
| Gel des allègements généraux de cotisations et inclusion à l'assiette des compléments de salaire | 6,6 | 0,2 | 0,2 | 0,0 |
| Autres mesures sur les cotisations (ATMP, avantages vehicules electriques…) | 2,1 | 0,1 | 0,4 | 0,0 |
| Fiscalisation des indemnités journalières et indemnités de rupture | 2,2 | 0,1 | 0,4 | 0,0 |
| Prélèvements sur les actifs en déshérance | 1,4 | 0,0 | 0,0 | 0,0 |
| Lutte contre la fraude fiscale | 1,0 | 0,0 | 0,2 | 0,0 |
| Autres (hausse taux cotisations CNARCL, suppression taux TVA réduit pour la TV, hausse taxe sucres…) | 4,0 | 0,1 | 0,4 | 0,0 |
| Total Ajustement primaire (B = E-D) | 53,4 | 1,7 | −0,9 | |
| Composantes non discrétionnaires | ||||
| Charges d'intérêts (F) | 12,2 | 0,3 | 0,2 | 0,1 |
| Effet des elasticités fiscales au PIB (G1) | −5,0 | −0,2 | 0,5 | 0,1 |
| Variation des recettes hors PO (G2) | −5,0 | −0,2 | 0,5 | 0,1 |
| Total des composantes non discrétionnaires (C = G1+G2+F) | −0,6 | 0,3 | ||
| Impulsion budgétaire primaire (H=A+B+G1+G2) | −0,8 | 0,6 | −0,4 | |
| Impulsion budgétaire totale (H+E) | −0,5 | 0,9 | −0,4 | |
|
a hors Contribution à l'UE, effort de Défense et charges d'intérêts
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| Sources : Textes budgétaires, prévision IFE-OFCE octobre 2026 | ||||
Au total, suivant notre analyse et les annonces du PLF,la variation du serait de 0,8 point de PIB en 2027Ce chiffre est inférieur à l’effort budgétaire primaire effectivement réalisé qui serait de 1,2 point de PIB. L’écart entre ces deux chiffres s’explique par l’évolution défavorable des (élasticités des prélèvements obligatoires et recettes non fiscales).ttes non fiscales).
| 2024 | 2025 | 2026 | 2027 | |
|---|---|---|---|---|
| Variation du solde structurel | −0,5 | 1,0 | 0,1 | 0,5 |
| Variation du solde structurel primaire | −0,4 | 1,2 | 0,5 | 0,8 |
| Effort structurel primaire | −0,2 | 0,8 | 0,8 | 1,2 |
| dont effort en dépenses primaires | −0,3 | 0,0 | 0,3 | 0,7 |
| dont effort en PO | 0,1 | 0,8 | 0,5 | 0,5 |
| Composante non discrétionnaire | −0,3 | 0,2 | −0,7 | −0,7 |
| Sources : Textes budgétaires, prévision IFE-OFCE octobre 2026 | ||||
Cet effort serait compatible avec les engagements de la France dans le cadre de la Procédure de Déficit Excessif ouverte en 2024 et matérialisés dans le Plan budgétaire et structurel à moyen terme (PSMT) pour 2025-2029. Compte tenu de la charge d’intérêts, l’amélioration du ne serait que de 0,5 point de PIB en 2027.
Au vu de la forte incertitude politique surplombant notre prévision en 2027, de forts risques pèsent sur la réalisation de ce scénario. Le scénario d’une impossibilité de vote d’une Loi de Finances Initiale ou à défaut le vote d’une loi spéciale ne sont pas retenus dans le scénario central de notre prévision mais nous avons évalué leurs effets sur les comptes publics (encadré 1). Leur matérialisation pourrait – au-delà de la prévision de politique budgétaire – modifier significativement l’évolution macroéconomique française, notamment dans une situation où les marchés financiers sont particulièrement attentifs à la dynamique de politique économique hexagonale. En particulier, les taux d’intérêt pourraient augmenter plus fortement, pénalisant les perspectives budgétaires et avec un effet probable sur le coût du financement pour les agents privés.
En dépit d’une forte consolidation budgétaire, le ne diminuerait que très légèrement en 2027 pour s’établir à 5,4 % du PIB. En effet, si nous supposons une nette amélioration du (évolution prévue de -0,8 point) celle-ci serait partiellement amputée par la montée de la charge d’intérêts (+0,3 point, encadré 2). En outre, la faiblesse de la croissance contribuerait à creuser le (+0,3 point). Au total, le ne baisserait que de 0,1 point de PIB (tableau 4)2.
2 La somme des contributions peut différer du total en raison des arrondis.
La politique budgétaire pèserait sur la croissance du PIB à hauteur de -0,4 point en 2027. Le multiplicateur d’ensemble serait de l’ordre de 0,9, notamment parce que certaines dépenses qui vont augmenter ont un effet multiplicateur sur le PIB faible (la hausse de la charge d’intérêts et la contribution à l’UE en sont des exemples) alors que les économies structurelles en dépense auraient un multiplicateur relativement élevé (économies sur les prestations sociales, politiques de l’emploi, collectivités locales…). Si l’on se concentre sur l’ le multiplicateur moyen serait de 0,6 (tableau 2).
En dépit d’une forte consolidation budgétaire en 2026 et 2027, le resterait relativement élevé et supérieur au niveau permettant de stabiliser le ratio de . Ainsi, la devrait dépasser 122 % en 2027 (après près de 119 % en 2026 et 116 % en 2025).
| 2023 | 2024 | 2025 | 2026 | 2027 | |
|---|---|---|---|---|---|
| Solde public | −5,4 | −5,8 | −5,1 | −5,5 | −5,4 |
| Charge d'intérêts | 1,9 | 2,0 | 2,2 | 2,6 | 2,9 |
| Solde primaire | −3,5 | −3,8 | −2,9 | −2,9 | −2,5 |
| Solde structurela | −5,3 | −5,9 | −4,9 | −4,8 | −4,3 |
| Solde structurel primairea | −3,5 | −3,8 | −2,7 | −2,2 | −1,4 |
| Solde conjoncturel | −0,1 | 0,1 | −0,2 | −0,7 | −1,0 |
| Dette publique | 109,5 | 112,6 | 115,7 | 119,2 | 122,3 |
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a y compris mesures exceptionnelles (covid, énergie...).
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| Sources : Textes budgétaires, prévision IFE-OFCE octobre 2026 | |||||
- Ce calcul ne tient pas compte des besoins de financement liés au déficit attendu pour 2027 (5,4 % du PIB).