Asie – Résilience sous tension

Perspectives 2026-2027, analyses pays

conjoncture
pays émergents
Autrices, auteurs & résumé
Par
Affiliation
Amel Falah
Publié le

8 avril 2026

Modifié le

7 avril 2026

En 2025, l’Asie (hors Chine) reste le principal moteur de la croissance mondiale malgré un contexte difficile (tensions commerciales, géopolitiques et volatilité financière). Sa croissance est estimée à environ 4,5 %, contre 2 % pour les économies avancées. La performance asiatique repose essentiellement sur la solidité de la demande intérieure, en particulier en Inde et en Asie du Sud-Est, où la consommation et l’investissement public constituent les principaux soutiens à l’activité. La dynamique régionale s’inscrit sur une trajectoire légèrement ascendante en 2025, avec une croissance passant de 4,7% en 2024 à 5,3 %, avant de ralentir modérément à 4,6 % en 2026. L’Inde et la Chine concentrent l’essentiel de la contribution à cette croissance. L’Inde devrait enregistrer une croissance supérieure à 6 %, portée par une demande intérieure vigoureuse, la poursuite d’investissements publics ambitieux et une amélioration graduelle du climat d’investissement. Les trajectoires de croissance en Asie demeurent toutefois très hétérogènes, en fonction du degré d’exposition au commerce mondial et de la capacité des économies à s’appuyer sur des moteurs domestiques ou technologiques spécifiques. Parmi les économies avancées, la Corée du Sud affiche une croissance modérée mais relativement équilibrée. Les exportations, notamment de semi-conducteurs, restent un pilier central, tandis que la demande intérieure et le soutien public contribuent à amortir les fluctuations du cycle mondial. Singapour apparaît plus vulnérable au ralentissement du commerce international, aux tensions tarifaires et à la faiblesse de la demande chinoise, avec peu de relais domestiques en raison de l’étroitesse de son marché intérieur. Taïwan se démarque en revanche favorablement : malgré un modèle fortement dépendant des exportations, son rôle stratégique dans les semi-conducteurs avancés lui permet de bénéficier pleinement du boom de l’intelligence artificielle, générant un choc de demande structurel compensant largement la faiblesse du commerce mondial traditionnel. Du côté des marchés émergents, l’Inde demeure l’économie la plus dynamique de la région, grâce à la robustesse de sa demande intérieure et à des investissements publics massifs, qui limitent son exposition aux chocs externes. L’Indonésie présente un profil plus équilibré, combinant une consommation domestique soutenue et des exportations de matières premières, favorisées par la transition énergétique mondiale. À l’inverse, la Thaïlande reste engluée dans une phase de faible croissance. La conjonction d’exportations peu dynamiques, d’un recul des dépenses publiques, d’une activité industrielle déprimée, d’un tourisme chinois durablement atone et d’un secteur immobilier fragile empêche l’émergence d’un moteur clair de reprise. Dans l’ensemble, la croissance asiatique continue de privilégier les économies disposant de solides relais domestiques ou bénéficiant de chocs technologiques positifs — comme l’Inde, Taïwan ou la Corée du Sud — au détriment des modèles fortement dépendants du commerce mondial traditionnel ou de moteurs structurellement affaiblis, à l’image de Singapour et de la Thaïlande.

Tableau 1. Asie: résumé des prévisions de croissance
Poids 2024 2025 2026
Corée du sud   6,8 2,0 1,0 1,8
Asie en développement rapide  20,3 4,4 3,9 3,4
Taiwan   3,9 4,8 4,4 2,0
Hong Kong   1,5 2,5 2,5 2,0
Singapour   0,9 4,4 2,3 1,8
Thaïlande   3,6 2,5 1,6 1,8
Indonésie   6,0 5,0 4,7 4,9
Malaisie   1,7 5,1 4,1 4,0
Philippines   2,6 5,7 5,6 5,6
Chine (pib marchand)  48,5 5,0 4,3 4,3
Inde  24,4 6,5 6,4 6,5
Asie hors Chine  51,5 5,1 4,7 4,7
Total 100,0 5,0 4,5 4,5
Note : Prévision OFCE avril 2026.
Sources : CEIC, OFCE, prévision OFCE avril 2026.

En 2025, l’économie indienne conserve une croissance soutenue, bien qu’en léger ralentissement, et celle-ci devrait se maintenir à un rythme solide dans les années à venir. Au troisième et au quatrième trimestre, le PIB a progressé respectivement de 8,4 % puis de 7,8 % en glissement annuel, confirmant le maintien d’une dynamique robuste. Cette performance repose principalement sur la solidité de la demande intérieure, portée par une consommation dynamique et un investissement public élevé. Toutefois, le rythme de croissance tend à s’atténuer en 2025 et 2026 sous l’effet d’un environnement international moins favorable, marqué par le ralentissement du commerce mondial, les tensions commerciales et des conditions financières plus restrictives. Cette dynamique illustre la résilience structurelle de l’économie indienne, soutenue par une demande intérieure solide et un niveau d’investissement élevé. Toutefois, les perspectives pour 2026-2027 s’inscrivent dans une trajectoire de modération, en raison d’un environnement extérieur moins porteur, marqué par le ralentissement du commerce mondial et des conditions financières plus restrictives. La croissance devrait néanmoins rester élevée, portée par la poursuite des investissements publics, la montée en puissance du secteur des services et les effets des réformes structurelles engagées ces dernières années (notemment la mise en place d’une réforme fiscale, la digitalisation de l’économie, la réforme des faillites et la libéralisation des investissements étrangers). La Reserve Bank of India a réduit son taux directeur de 25 points de base, le ramenant à 5,25 %, tout en maintenant une orientation de politique monétaire neutre. La Banque centrale a également abaissé sa prévision d’inflation pour l’exercice 2025-26 à 2 % (contre 2,6 % précédemment), tout en relevant la prévision de croissance à 7,3 %.

Au quatrième trimestre 2025, la Corée du Sud a enregistré une croissance du PIB d’environ 1,5 % en glissement annuel, traduisant un net ralentissement de l’activité par rapport aux trimestres précédents. Cette évolution s’explique principalement par l’affaiblissement de la demande intérieure, marqué par le recul de l’investissement, notamment dans la construction, ainsi que par un investissement productif en retrait. La consommation des ménages demeure globalement résiliente, mais sans véritable accélération, dans un contexte d’incertitudes économiques. Par ailleurs, les exportations n’ont apporté qu’un soutien limité à la croissance, la bonne tenue du secteur des semi-conducteurs ne compensant que partiellement les faiblesses observées dans d’autres branches industrielles. Des perspectives de reprise sont néanmoins envisagées pour 2026, soutenues par le redressement du cycle des semi-conducteurs, une amélioration progressive de la demande mondiale et un assouplissement des conditions financières, favorisant un regain de l’investissement et de l’activité.

En Indonésie, la croissance du PIB est estimée à 5,4 % en glissement annuel au quatrième trimestre 2025, confirmant la reprise amorcée au trimestre précédent (5,0 %). Cette performance s’explique par la solidité de la consommation des ménages, la dynamique du secteur manufacturier et l’expansion des exportations, tandis que les secteurs du commerce, de l’agriculture et de la construction continuent de soutenir l’activité. En 2026, cette croissance devrait se maintenir à un niveau élevé, portée par la vigueur de la demande intérieure, la poursuite des investissements et la diversification progressive de l’économie, dans un contexte de stabilisation de la conjoncture mondiale.

Au quatrième trimestre 2025, Singapour a enregistré une croissance de 6,9 % en glissement annuel, contre 4,6 % au trimestre précédent, marquant la progression la plus forte depuis le troisième trimestre 2024. Cette accélération a été principalement portée par le secteur manufacturier, dont la production a bondi de 15 % sur un an, contre 4,9 % au troisième trimestre, grâce à l’expansion dans les industries biopharmaceutiques et électroniques. Le secteur de la construction a toutefois ralenti, avec une croissance de 4,2 % contre 5,1 % au trimestre précédent. Parmi les services, le commerce de gros et de détail ainsi que les transports et entreposage ont progressé de 3,9 %, après une hausse de 3,7 % au troisième trimestre. Sur une base trimestrielle, l’économie a crû de 1,9 %, après 2,4 % au trimestre précédent. Pour l’ensemble de l’année 2025, le PIB a progressé de 4,8 %, en accélération par rapport à 4,4 % en 2024.

En 2024, l’économie des Philippines a enregistré une croissance d’environ 5,5 %, soutenue principalement par la consommation des ménages, les investissements publics et le dynamisme du secteur des services. En 2025, la croissance économique a ralenti, avec une progression d’environ 3,0 % au quatrième trimestre contre 3,8 % au trimestre précédent. Ce ralentissement s’explique par la baisse des investissements publics, le ralentissement de la consommation des ménages, affectée par l’inflation et l’érosion du pouvoir d’achat, ainsi que par les effets de catastrophes naturelles ayant perturbé l’activité économique. Le contexte international plus incertain a également pesé sur la demande extérieure et les flux d’investissement. En 2026, la croissance devrait toutefois se redresser progressivement, soutenue par la reprise des investissements publics, la résilience de la consommation intérieure et l’amélioration attendue de la conjoncture mondiale. Les efforts de reconstruction après les catastrophes naturelles et la poursuite des projets d’infrastructures devraient également contribuer à soutenir l’activité, permettant aux Philippines de retrouver un rythme de croissance plus proche de leur potentiel.

À Taïwan, l’économie a enregistré une forte expansion de 12,7 % (contre 8,4 % au trimestre précédent), largement soutenue par les exportations, notamment dans l’électronique et l’intelligence artificielle. L’investissement, représentant environ 24,8 % du PIB, progresse également mais à un rythme plus modéré que les exportations (+8,9 % en volume).

En Thaïlande, la croissance économique a ralenti au cours de l’année 2025. Après une progression plus soutenue au deuxième trimestre (+2,8 % en glissement annuel), l’activité a nettement décéléré au troisième trimestre (+1,2 %), avant de rebondir légèrement au quatrième trimestre (+2,5 %). Cette évolution reflète un contexte marqué par des contraintes internes persistantes et un environnement extérieur moins favorable, tandis que l’impact des mesures de soutien mises en œuvre par les autorités demeure limité. La consommation privée progresse faiblement, tandis que les dépenses publiques reculent, et que l’investissement reste volatil. Le secteur industriel se contracte, pénalisé par un taux d’utilisation des capacités en baisse, ce qui limite la dynamique globale. En 2026, la croissance devrait rester modérée mais s’inscrire en légère amélioration, soutenue par un redressement progressif de la demande mondiale, une stabilisation de l’investissement et un regain d’activité dans le secteur industriel, sous réserve d’une amélioration du contexte international et d’un maintien des politiques de soutien.

En Malaisie, la croissance économique est restée robuste au troisième et quatrième trimestre 2025, avec un PIB en hausse de 5,4 % puis 6,3 % en glissement annuel. Cette performance repose sur une demande intérieure soutenue, portée par la consommation des ménages et le tourisme, ainsi que sur des exportations solides et la reprise de secteurs clés tels que l’industrie minière et manufacturière. L’ensemble des grands secteurs — services, industrie et construction — a contribué positivement à la croissance, témoignant d’une reprise économique équilibrée et durable.

Au troisième trimestre 2025, l’économie de Hong Kong a enregistré une croissance annuelle du PIB de 3,8 %, en hausse par rapport aux 3,1 % du trimestre précédent. Cette expansion solide a été stimulée par le dynamisme du commerce extérieur, la levée progressive des restrictions sur le tourisme et le rebond de la demande intérieure, plaçant la ville sur une trajectoire favorable pour l’ensemble de l’année.

Le quatrième trimestre 2025 met en évidence des trajectoires contrastées en Asie du Sud et du Sud-Est. L’Inde, Taïwan, Singapour, l’Indonésie et la Malaisie affichent une croissance robuste, portée par la consommation, les investissements et les exportations, tandis que la Corée du Sud et la Thaïlande montrent un ralentissement ou une reprise plus modérée en raison d’une demande intérieure faible ou de facteurs externes défavorables.

L’Asie demeure en 2026 un moteur majeur de la croissance mondiale, avec une expansion attendue autour de 4,7 %, soutenue par une demande intérieure dynamique, une base industrielle compétitive et une forte intégration dans les échanges internationaux. Cette dynamique masque toutefois des vulnérabilités importantes liées aux tensions géopolitiques et à la dépendance énergétique de la région. L’exposition à la guerre commerciale varie selon les pays. Les économies fortement tournées vers l’exportation, comme la Chine, la Corée du Sud ou Taïwan, sont les plus exposées, mais leur résilience est renforcée par leur position dans les secteurs technologiques de pointe. À l’inverse, des économies comme l’Inde, ou certains pays d’Asie du Sud-Est, reposent davantage sur leur demande intérieure, ce qui leur confère une meilleure capacité d’amortissement des chocs externes. Par ailleurs, la croissance asiatique reste fragile face à un risque énergétique majeur. Une dégradation des tensions au Moyen-Orient pourrait perturber les flux passant par le détroit d’Ormuz et entraîner une hausse durable des prix du pétrole, dépassant potentiellement 100 dollars le baril. Un tel choc provoquerait une inflation importée et pèserait sur la consommation ainsi que sur les secteurs industriels. Le scénario de croissance repose ainsi sur l’hypothèse de tensions énergétiques transitoires. En cas de prolongation de ces tensions, les perspectives économiques de la région pourraient être significativement dégradées.