| Dépenses en % du PIB | 2026 | 2027 |
|---|---|---|
| Mesures énergie | 0,2 | 0,0 |
| Autres mesures structurelles | 0,0 | 0,0 |
| Dépenses militaires | 0,3 | 0,4 |
| Infrastructures | 0,3 | 0,3 |
| Total | 0,7 | 0,7 |
| Multiplicateur budgétaire | 0,7 | 0,6 |
| Effet économique | 0,5 | 0,4 |
| Sources: prévision OFCE avril 2026. | ||
Relance budgétaire : l’Allemagne à contre-courant
Perspectives 2026-2027, analyses pays
Autrices, auteurs & résumé
Après une trajectoire quasi ininterrompue de réduction de son ratio de dette publique, passé de 81 % du PIB en 2010 à 58,7 % en 2019, l’Allemagne n’a connu qu’une parenthèse haussière en 2020, lorsque la dette a temporairement rebondi à 68 % sous l’effet des mesures liées à la pandémie. Dès 2021, la dynamique baissière a repris et s’est poursuivie jusqu’en 2024. Ainsi, après des années de consolidation contrainte par le « frein à la dette », l’Allemagne a opéré en 2026 un virage budgétaire majeur. La réforme de la Constitution ouvre des marges d’endettement supplémentaires, mobilisées via deux mécanismes dérogatoires au frein à la dette : l’exemption sectorielle pour la défense, et le fonds spécial pour les infrastructures et la neutralité climatique (SVIK), qui finance le maintien et la modernisation des réseaux ferroviaires et routiers.
Au total, l’impulsion budgétaire atteindrait environ 0,7 % du PIB en 2026 et en 2027 (tableau 1). En 2026, le coût des mesures atteint 31 milliards d’euros, dominé par les hausses de dépenses (24 milliards d’euros), en particulier la défense (0,3 % du PIB) et les infrastructures (0,3 % du PIB), ainsi que des mesures de soutien énergétique (0,2 % du PIB). Les dépenses de défense au sens de l’OTAN devraient ainsi atteindre 2,8 % du PIB en 2026 (environ 108 milliards d’euros au total). En matière énergétique, le fonds KTF de transformation et du climat prend en charge en 2026 la suppression des surcharges de réseau électrique (Netzentgelte), allégeant les coûts énergétiques des ménages et des entreprises. Les allègements fiscaux sont en partie compensés par des hausses de prélèvements, notamment la taxe carbone (65 euros/tonne) et la hausse des cotisations maladie, limitant leur effet expansionniste.
L’impulsion en 2027 est comparable avec celle de 2026 : les dépenses demeurent dynamiques (23 milliards d’euros) avec une montée en charge de la défense (0,4 % du PIB). En 2027, le fonds KTF financera en outre la réduction du prix de l’électricité industrielle pour certains secteurs énergivores. Les baisses d’impôts progressent légèrement (8 milliards d’euros), notamment grâce au dégel du barème de l’impôt sur le revenu. En revanche, l’expiration du dispositif de chômage partiel prolongé fin 2026 introduit un léger frein sur les dépenses sociales.
Pour connaître l’impact macroéconomique de ces impulsions sur la croissance, nous appliquons un effet multiplicateur par type de mesure – par exemple le multiplicateur des dépenses militaires est fixé à 0,5 (Economic Bulletin n°6, 2025). Compte tenu de multiplicateurs budgétaires agrégés (de 0,7 en 2026 à 0,6 en 2027), l’impact macroéconomique sur le PIB serait significatif mais modéré : 0,5 % du PIB en 2026 et +0,4 % en 2027. Au total, la politique budgétaire allemande soutiendrait l’activité à court terme, tout en reportant partiellement l’ajustement des finances publiques. Le déficit devrait ainsi avoisiner 3,6 % du PIB en 2027 et la dette publique passerait de 62,7 % du PIB à 65 % du PIB de 2025 à 2027.