L’économie mondiale à l’étroit
Perspectives 2026-2027 pour l’économie mondiale
Autrices, auteurs & résumé
Il y a un peu plus d’un an, le 2 avril 2025, Donald Trump annonçait le « jour de la libération » pour les États-Unis ouvrant une période de fortes tensions commerciales. En conséquence, les droits de douane imposés par les États-Unis ont fortement augmenté pour l’ensemble des autres pays du monde, ce qui constituait un choc inédit sur le commerce mondial. Les échanges commerciaux en furent de fait fortement perturbés tout au long de l’année.
Les économies ont également fait preuve de résilience avec une croissance mondiale en léger recul. D’une part, les évaluations de l’impact de la guerre commerciale suggéraient un effet globalement modéré et, d’autre part, la plupart des économies ont pu bénéficier de l’assouplissement de la politique monétaire amorcé en 2024. Les tensions sur les prix de l’énergie et les prix alimentaires, apparues en 2021 et amplifiées par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, s’étant estompées, l’inflation était en net repli et convergeait progressivement vers la cible des banques centrales, sauf aux États-Unis, où la politique de droits de douane a empêché la désinflation.
En 2026, en dépit de l’incertitude persistante sur la politique commerciale des États-Unis, l’économie mondiale aurait pu poursuivre sa trajectoire de croissance, soutenue par des politiques monétaires relativement accommodantes et, dans certains pays, notamment l’Allemagne, les États-Unis et le Japon, par une politique budgétaire expansionniste. Le déclenchement du conflit au Moyen-Orient fin février rement en cause cet équilibre fragile. Les conséquences de la guerre contre l’Iran sont directes puisqu’elles ont provoqué une flambée des prix du pétrole et du gaz ce qui s’est rapidement reflété dans les premières estimations de l’inflation pour le mois de mars 2026. Même sous l’hypothèse d’une crise de courte durée, les prix vont continuer de grimper au deuxième trimestre. L’activité économique mondiale devrait donc ralentir, surtout que la poussée d’inflation va mettre un terme à la baisse des taux directeurs, réduisant ainsi le soutien des politiques monétaires à la demande. Les politiques monétaires pourraient même se durcir en cas de crise prolongée. Contrairement à 2022, le soutien budgétaire devrait être plus limité. Les pays qui avaient annoncé des politiques budgétaires expansionnistes ne devraient pas faire beaucoup plus et ceux qui privilégiaient la consolidation, ne devraient pas vraiment y renoncer. Dans ces conditions, nous anticipons une croissance qui baisserait de 3,3% en 2025 à 3 % en 2026, avant de rebondir légèrement à 3,2 % en 2027, sous l’hypothèse d’une fin des hostilités dans les prochains mois.
L’économie mondiale résiste à la guerre commerciale
La guerre commerciale lancée par Donald Trump dès son retour à la Maison Blanche a conduit à une forte hausse des tarifs douaniers sur l’ensemble des importations américaines, avec une augmentation du taux moyen pondéré de 7,8 points en moyenne1. En outre, au-delà des décisions annoncées, les multiples menaces ont été source d’une grande incertitude mondiale, ce qui a pu également freiner les échanges. Pour autant, les flux de commerce ne se sont pas brutalement taris. Au contraire, selon les données du CPB (Centraal Planbureau) sur le commerce mondial de marchandises, les importations mondiales ont progressé de 4 % en 2025, contre 2,3 % en 2024. Elles ont également accéléré en biens et services, progressant de 4,3 % en 2025 après une hausse de 3,7 % en 2024. À titre de comparaison, en 2020, la fermeture des économies dans le contexte de la pandémie avait provoqué une chute de 6 % des importations mondiales de marchandises. Si la contribution des importations américaines au commerce mondial a effectivement baissé en 2025, elle a été compensée par le rythme des importations des pays de la zone euro et des autres pays avancés (graphique 2). Ainsi, plus qu’un recul du commerce mondial, ce nouvel épisode de guerre commerciale semble plutôt accéléré une recomposition à l’œuvre depuis plusieurs années en lien avec les gains de compétitivité-prix et hors prix de la Chine2.
1 Le taux moyen pondéré – selon la structure du commerce de 2024 – appliqué aux importations est en effet passé de 2,6% en moyenne sur 2024 à 10,4 % en 2025 (Source : Trade War Tracker).
2 Voir Entre guerre commerciale et vraies guerres pour plus de détails et l’encadré analysant la redirection du commerce chinois.
La croissance mondiale se maintient également avec une progression du PIB de 3,3 % en 2025 comme en 2024. On enregistre toutefois une baisse notable de la croissance aux États-Unis qui passe de 2,8 % en 2024 à 2,1 % en 2025, suggérant que le pays qui impose des droits de douane supplémentaires en est une des principales victimes3. La demande intérieure américaine marque le pas, en lien notamment avec le ralentissement de la consommation des ménages. Malgré un tarif moyen qui passe de 11,6 % en 2024 à plus de 32,7 % en 2025, la Chine, cible privilégiée de cette guerre commerciale (tableau 1), parvient néanmoins officiellement à maintenir une croissance annuelle à 5 %. Les exportations chinoises vers les États-Unis ont certes fortement reculé mais les produits chinois ont trouvé d’autres débouchés, vers les pays de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est), ce qui pourrait également refléter un contournement des droits de douane en exportant vers les pays moins touchés qui ré-exportent ensuite vers les États-Unis.
3 C’est ce que montrent notamment les travaux McKibbin, Hogan et Noland (2024) sur les effets de court terme et de Bouët et al.(2024) sur les effets à long terme. Selon le scénario considéré, la Chine, le Mexique, et dans une moindre mesure le Canada, sont également significativement impactés.
| 2024 | 2025 | 2026 | |
|---|---|---|---|
| Monde | 2,6 | 10,4 | 12,4 |
| Brésil | 1,0 | 9,6 | 17,1 |
| Canada | 0,1 | 3,2 | 4,5 |
| Chine | 11,6 | 32,7 | 30,6 |
| France | 1,1 | 6,0 | 7,4 |
| Allemagne | 1,3 | 8,6 | 11,4 |
| Inde | 2,0 | 11,7 | 26,3 |
| Japon | 1,5 | 11,5 | 13,7 |
| Mexique | 0,2 | 4,3 | 5,5 |
| Vietnam | 4,4 | 11,3 | 17,9 |
| Royaume-Uni | 0,8 | 5,0 | 5,9 |
| Sources : Trade War Tracker, OFCE, prévision avril 2026. | |||
Dans la zone euro, malgré une contribution négative du commerce extérieure dans les principaux pays, l’activité accélère. Portée par la performance de l’Irlande, la croissance a atteint 1,5 % en 2025 contre 0,9 % en 2024. Hors Irlande, le PIB progresse cependant de 0,3 point de plus qu’en 2024. Après deux années consécutives de récession, l’Allemagne a retrouvé un sentier de croissance positive, portée par la consommation des ménages et les dépenses de consommation publique sur la deuxième partie de l’année. Bien qu’en repli, la croissance espagnole reste forte tandis que la croissance se stabilise en France et en Italie, où l’extinction du « Superbonus » n’a pas provoqué de retournement de l’investissement, qui reste soutenu par les fonds européens alloués dans le cadre du plan NextGenerationEU4. Le commerce extérieur allemand est toujours en berne avec des exportations en baisse lors des deux derniers trimestres. Fin 2025, le niveau des exportations allemandes était toujours inférieur à celui du quatrième trimestre 2019 (graphique 3). Les performances de l’économie allemande se singularise donc par rapport aux autres pays de la zone euro. Seul le Royaume-Uni est dans une situation similaire. L’industrie allemande a été fortement pénalisée par la crise énergétique et se trouve mise en difficulté par la montée en gamme de l’économie chinoise.
4 Fin 2025, l’Italie recevait ainsi un versement de 12,5 Mds d’euros (0,6% du PIB) et demandait à la Commission européenne le versement d’une neuvième tranche pour un montant équivalent. Voir ici pour plus de détails.
Le Royaume-Uni a connu une croissance de 1,4 % en 2025 (après 1,1 % en 2024), mais a ralenti à partir du deuxième trimestre. La consommation des ménages n’a progressé que de 0,8 % en moyenne sur un an en 2025, tandis que l’investissement augmentait de 4,3 % et que les exportations ne progressaient que de 2,1 %.
Au Japon, l’activité accélère sur l’ensemble de l’année malgré un fort recul du PIB au troisième trimestre liée à une chute de l’investissement immobilier5. La croissance a atteint 1,2 %, tirée par la consommation des ménages malgré qui ont désépargné dans un contexte de baisse de leur pouvoir d’achat. La guerre commerciale a pesé sur les exportations vers les États-Unis qui ont reculé de plus de 12 %, en volume, entre décembre 2024 et décembre 2025, contribuant largement à la baisse de l’ensemble des exportations de biens.
5 Voir le Blog de l’OFCE du 15 décembre 2025.
Malgré une croissance de 1,2 % pour la zone euro (hors Irlande), le taux de chômage poursuit sa baisse, s’établissant à 6,2 % au premier trimestre 2026, soit son plus bas niveau depuis la création de l’Union monétaire. Inversement, malgré une meilleure croissance annuelle en 2024 et 2025, le taux de chômage augmente légèrement aux États-Unis, +0,7 point entre début 2024 et fin 2025, reflétant en corollaire la bonne productivité américaine. Enfin, le Royaume-Uni cumule une faible croissance, une productivité peu dynamique et une hausse du taux de chômage qui dépassait 5% au quatrième trimestre 2025 contre 4,4 % un an auparavant, qui s’explique donc par la croissance de la population active.
Ailleurs, l’activité s’est également avérée résiliente. Même si le ralentissement, s’accentue au Mexique et au Brésil, avec une croissance à 0,8% et 2,6% respectivement contre 3,1% et 3,3% deux ans plus tôt, leurs exportations ont accéléré. Quant à la croissance indienne, elle se maintient au-dessus de 7% depuis 2021. Il faut noter que malgré les hausses de tarifs, le boom de l’Intelligence artificielle et les besoins en semi-conducteurs ont contribué aux exportations et à la croissance des pays ayant un fort positionnement stratégique dans le secteur des hautes technologies, en particulie la Corée du sud ou Taïwan.
La dynamique de l’inflation a été relativement contrastée selon les pays et au cours même de l’année 2025. Alors que la baisse s’est poursuivie dans la zone euro, avec une inflation qui est repassée – temporairement sous le seuil de 2 % en début d’année 2026 – le chemin a été plus heurté au Royaume-Uni et aux États-Unis. Outre-Manche, l’inflation est d’abord repartie à la hausse de septembre 2024 à l’été 2025, où elle a atteint un pic à 3,9 %. Elle a certes rebaissé par la suite mais restait supérieure à 3 % en janvier 2026. Outre-Atlantique, l’inflation, mesurée par le déflateur des prix à la consommation, a augmenté à la suite des premières hausses des tarifs douaniers, passant ainsi de 2,3 % en avril 2025 à 2,9 % en décembre, suggérant donc que la politique commerciale de Donald Trump réduit le pouvoir d’achat des ménages américains. Au Japon, l’inflation a atteint un pic à 4 % en janvier 2025, poussé notamment par les prix alimentaires. Elle a cependant baissé rapidement ensuite pour repasser sous la barre de 2 % en janvier 2026. L’inflation décroît également dans les pays émergents, sauf en Inde et en Chine, où elle reste cependant très faible (0,2% en janvier 2026 puis 1,3% en février). La guerre commerciale en cours est surtout la conséquence de mesures unilatérales prises par les États-Unis.
La modération des représailles commerciales a ainsi évité la création de tensions inflationnistes supplémentaires, avant la flambée des prix de l’énergie, qui aurait pu conduire les banques centrales à mettre un terme à l’assouplissement monétaire dès 2025. De fait, dans leur grande majorité, elles ont continué à réduire leur taux directeur6, ce qui a contribué à soutenir la croissance en 2025. Dans la zone euro, le taux de politique monétaire est passé de 3 % à 2 % alors que l’inflation fluctuait autour de la cible de 2 % depuis la fin de l’année 2024. Inversement, malgré les nombreuses critiques de Donad Trump, la Réserve fédérale a fait valoir son indépendance en se montrant prudente en début d’année. Les craintes d’une dégradation de la situation sur le marché du travail ont conduit les membres du FOMC (Federal open market committee) à reprendre le cycle de baisse de taux à partir du mois de septembre 2025, même si l’inflation n’était pas revenue à sa cible. Parmi les principales banques centrales, la Banque du Japon continue de faire exception. La longue période de déflation l’a incité à retarder le resserrement monétaire, qui n’a commencé qu’en début d’année 2024. Cette normalisation s’est poursuivie depuis avec deux hausses de taux supplémentaires. Avec la perspective d’une remontée rapide des taux d’inflation, en conséquence de la guerre au Moyen-Orient, les banques centrales pourraient être amenées à revoir leur scénario de politique monétaire.
6 Voir la partie sur la politique monétaire pour plus de détails.
Une nouvelle crise énergétique ?
Après la guerre commerciale, c’est la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran qui menace l’économie mondiale avec pour conséquence une nouvelle flambée des prix de l’énergie, ce qui n’est pas sans rappeler ce qui s’est passé en 2022 après que la Russie a envahi l’Ukraine.
Tout comme en 2022, les prix de l’énergie se sont tendus (graphique 4). Les mécanismes sont proches, par la menace que fait courrir le conflit sur les voies d’approvisionnement et donc les risques de rupture. L’invasion de l’Ukraine par la Russie diffère sensiblement de la situation actuelle. Le prix du gaz, notamment en Europe, a augmenté de façon plus importante. L’augmentation a été aussi antérieure au premier jour du conflit, la Russie ayant dès l’année 2021 réduit ses exportations de gaz naturel sur les marchés à court terme, tout en honorant ses contrats de long terme, probablement pour empêcher les pays européens de constituer des stocks. Les sanctions prises contre la Russie ont ensuite réduit les exportations russes de pétrole et de gaz naturel. Le prix du gaz naturel reste ainsi modéré en 2026.
Le prix du baril de pétrole a augmenté vivement, rejoignant « la valeur de crise » (autour de 120€/baril).
Les prix des engrais ont augmenté nettement après le déclenchement du conflit, malgré une volatilité importante, ce qui diffère de ce que l’on pouvait observer au moment de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Une raison peut être que la fermeture du détroit d’Ormuz est essentielle pour des entrants de la filière engrais. Le prix du blé avait augmenté fortement au début du conflit Ukraine/Russie, en grande partie par le blocage des voies maritimes de la mer Noire et par lesquelles transitent l’importante production de l’Ukraine. Les hausses des prix de l’énergie et des engrais vont peser si elles se maintiennent dans les mois qui viennent en augmentant les coûts des récoltes à venir.