L’impact de la guerre commerciale sur les recettes budgétaires

Perspectives 2026-2027, analyses pays

conjoncture
Etats-Unis
Autrices, auteurs & résumé
Par
Affiliation
Christophe Blot
Publié le

8 avril 2026

Modifié le

5 mai 2026

Mots clés

prévision économique, croissance, ../france, europe, état-unis, zone euro, ofce, déficit public, PIB, activité économique, chômage, emploi, dépense publique, impôt

Parmi les arguments avancés par Donald Trump en faveur de sa politique commerciale, figure la question des recettes budgétaires qui tirées de l’augmentation des droits de douane. Selon lui, elles permettraient de de taxer les exportateurs et de redonner du pouvoir d’achat aux ménages américains et elles pourraient même financer les baisses d’impôts octroyés aux ménages(a). Non seulement, les droits de douane sont en grande partie in fine payés par les ménages et les entreprises américaines, mais les recettes tirées en 2025 des tarifs supplémentaires ne compensent pas les réductions d’impôts accordées dans la loi OBBBA (One Big Beautiful Bill Act) votée en juillet 2025.

Pour l’année 2024, le montant des droits de douane perçu par l’État fédéral s’élevait à 83,6 Mds (soit 0,3 % du PIB) pour un tarif statutaire de 2,6 %. Le taux effectif, qui correspondant au montant des recettes rapporté au total des importations était de 2,1 % et de 2,6 % si l’on considère uniquement les importations de biens qui sont de fait celles qui sont frappés par les tarifs douaniers. Le passage d’un tarif de 2,6 % à 14,2 %, le taux statutaire moyen observé sur l’année 2025, aurait dû, toute chose égale par ailleurs rapporter un plus de 460 Mds de dollars de recettes (1,5 % du PIB), soit 380 Mds de dollars de plus qu’en 2024, un montant légèrement inférieur à l’estimation faite par le CBO du coût budgétaire ex-ante de loi OBBBA(b).

Il y a cependant un écart entre les recettes théoriques ainsi calculées à partir d’une règle de trois et les recettes effectivement collectées par l’État fédéral en 2025. En effet, les importateurs peuvent réduire leur consommation de biens importés. Ils peuvent aussi faire le choix de modifier leur source d’approvisionnement pour importer leurs biens en provenance de pays pour lesquels le montant des droits de douane est plus faible. De fait, les importations en provenance de Chine ont fortement baissé en 2025 selon les données du Census Bureau. Sur l’ensemble de l’année, le montant collecté de recettes issues des droits de douane a atteint 265 Mds de dollars (0,9 % du PIB), ce qui correspond à un taux effectif de 8,1 %. On peut néanmoins observer que le taux effectif a augmenté au cours de l’année. Il était de 8,2 % au deuxième trimestre mais a atteint 11,3 % au dernier trimestre 2025. Dans ces conditions, quelles seront les recettes qui peuvent être anticipées par le gouvernement en 2026 ? En supposant un taux statutaire moyen de 10,5 %, le gain devrait être compris entre 195 et 230 Mds de dollars selon que l’on considère le taux effectif moyen sur l’année 2025 où le taux moyen observé au quatrième trimestre, soit 0,6 ou 0,7 % du PIB. Ce montant est certes non négligeable et contribuera à limiter l’augmentation du déficit budgétaire en 2026. Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une politique anti-redistributive. Comme nous l’indiquions ici, le coût de la guerre commerciale est relativement plus fort pour les ménages modestes alors que les gains de la loi budgétaire sont plus importants pour les ménages les plus aisés.

Tableau 1. Recettes fiscales tirées des droits de douane
2025-T1 2025-T2 2025-T3 2025-T4 2025
Théorique
Taux (en %)   4,8  18,0  17,4  16,6  14,2
Recettes (Mds $) 155,0 586,0 567,0 540,0 463,0
Effectif
Recettes (Mds $)  97,0 268,0 331,0 364,0 265,0
Taux (en %)   2,6   8,2  10,3  11,3   8,1
Note : Les taux effectifs sont calculés en % des importations de biens. Les recettes trimestrielles théoriques ou effectives ont été annualisées.
Sources : BEA, calculs OFCE.
  1. Voir notre analyse précédente pour plus détails.
  2. Le coût budgétaire pour 2026 est effectivement estimé à 486 Mds de dollars. Voir ici.